Que faire à Lisbonne ? Entre Tour de Belém, tram 28 et saudade
26 février 2026
Il existe une lumière particulière à Lisbonne, cette clarté dorée qui vient mourir sur les azulejos en fin d’après-midi. C’est cette lueur que je suis venu chercher, un matin d’octobre, en posant mon sac dans une pension d’Alfama. Les ruelles grimpaient en escaliers défoncés, un vieux monsieur arrosait ses géraniums, et quelque part derrière un volet entrebâillé, une voix de femme chantait. Le fado, déjà. La saudade, cette mélancolie heureuse qui définit le Portugal mieux qu’aucun guide.
Depuis 2015, Lisbonne connaît un essor touristique fulgurant. Mais contrairement à d’autres capitales européennes, elle a su préserver son âme — cette nonchalance atlantique où l’on prend le temps de regarder passer le Tage, où les sardines grillent sur des braseros de fortune, où les tramways jaunes grincent dans les montées.
Dans ce guide, je vous emmène au-delà des incontournables. Nous explorerons les monuments emblématiques comme la Tour de Belém et le Monastère des Hiéronymites, nous nous perdrons dans les quartiers typiques d’Alfama et du Bairro Alto, nous monterons dans le mythique tram 28, et nous prendrons la route de Sintra pour une excursion mémorable. Je partagerai également mes astuces transport, un budget détaillé pour 3 jours, et ces adresses secrètes que seuls les Lisboètes connaissent.
Préparez-vous à tomber amoureux de cette capitale atlantique en plein renouveau.
Les monuments majeurs de Lisbonne
Le Monastère des Hiéronymites : chef-d’œuvre manuélin
Le Monastère des Hiéronymites (Mosteiro dos Jerónimos) se dresse comme un hymne de pierre à l’âge d’or portugais. Commandé par le roi Manuel Ier au XVIe siècle, ce chef-d’œuvre de l’architecture manuéline célèbre les Grandes Découvertes et abrite les tombeaux de Vasco de Gama et du poète Luis de Camões.
J’y suis allé à l’ouverture, vers 9h30, alors que la lumière rasante faisait danser les ombres dans le cloître. Les colonnes sculptées imitent des cordages de navire, les voûtes s’élèvent comme des mâts, et chaque détail rappelle cette époque où le Portugal dominait les mers. Le cloître à deux étages est d’une beauté hypnotique — j’y suis resté une heure, simplement à regarder le jeu de la lumière sur la pierre calcaire.
Conseil pratique : Réservez votre billet coupe-file en ligne, idéalement combiné avec la Tour de Belém. Les files d’attente peuvent atteindre 1h30 en haute saison. Le dimanche matin, l’entrée est gratuite avant 14h, mais attendez-vous à la cohue. Pour les détails et réservations, consultez Geo-Fct.org.
La Tour de Belém : sentinelle de l’Atlantique
À quelques centaines de mètres du monastère, la Tour de Belém (Torre de Belém) monte la garde sur le Tage depuis 1521. Cette forteresse blanche aux allures de château de conte de fées symbolise le départ des caravelles vers l’inconnu.
L’intérieur est exigu — des escaliers en colimaçon mènent à des salles minuscules et à une terrasse panoramique sur le fleuve. Mais c’est depuis l’extérieur, en vous promenant dans les jardins riverains, que la tour révèle toute sa grâce. Photographiez-la au coucher du soleil, quand la pierre calcaire vire à l’or.
Mon astuce : Si les files sont trop longues pour entrer, contentez-vous de l’admirer depuis le jardin. La photo vaut mille fois la visite intérieure.
Le château Saint-Georges : panorama sur les sept collines
Perché au sommet d’Alfama, le château Saint-Georges (Castelo de São Jorge) offre le plus beau panorama de Lisbonne. Construit par les Maures au XIe siècle, il a vu défiler les conquérants et les rois avant de devenir le mirador préféré des Lisboètes.
J’y suis monté en fin d’après-midi. Les remparts serpentent entre les pins parasols, les paons se promènent librement, et depuis les créneaux, on embrasse toute la ville : les toits de tuiles orangées, le Tage scintillant, le pont du 25 Avril suspendu dans la brume. Restez jusqu’au coucher du soleil — le spectacle vaut le détour.
Accès : Montez à pied depuis Alfama (15-20 min de grimpette) ou prenez le tram 28 puis marchez 5 minutes. Entrée : 10€.
Les quartiers typiques de Lisbonne
Alfama : le cœur battant du vieux Lisbonne
Alfama est le quartier le plus ancien et le plus authentique de Lisbonne. Épargné par le terrible séisme de 1755, ce dédale de ruelles mauresques grimpe en pente raide vers le château. Les maisons colorées s’accrochent à flanc de colline, le linge sèche aux fenêtres, et derrière chaque porte entrebâillée, une voix de fado s’échappe.
Je me suis perdu volontairement dans Alfama pendant deux après-midi. J’ai bu des bicas (petits expressos) sur la terrasse du Portas do Sol, j’ai mangé des sardinhas assadas dans une tasca sans nom, j’ai écouté une grand-mère chanter pour elle-même en épluchant des pommes de terre. C’est ça, l’âme d’Alfama : un théâtre à ciel ouvert où la vie se joue sans filtre.
Ne manquez pas :
- Le miradouro das Portas do Sol pour la vue sur le Tage
- Le marché aux puces de la Feira da Ladra (mardi et samedi)
- Une soirée de fado dans une vraie tasca (pas les maisons pour touristes à 50€)
Bairro Alto : entre bohème et fête
Le Bairro Alto est le quartier bohème et festif de Lisbonne. Le jour, ses ruelles en damier abritent des boutiques de créateurs, des ateliers d’artistes et des librairies d’occasion. La nuit, les bars à ginja et les tascos se remplissent d’une foule joyeuse qui déborde jusque dans les rues pavées.
J’y suis retourné trois soirs de suite. On commence par une ginja (liqueur de cerise) au Ginjinha Sem Rival, on grignote des petiscos (tapas portugaises) chez O Bota, et on finit la soirée dans un bar minuscule où un guitariste improvise jusqu’à l’aube. Le Bairro Alto ne dort jamais — ou plutôt, il dort jusqu’à 18h puis s’éveille jusqu’au petit matin.
Conseil local : Les habitants évitent le Bairro Alto le vendredi et samedi soir (trop de touristes). Allez-y en semaine pour une ambiance plus authentique.
Chiado : l’élégance lisboète
Entre Alfama et le Bairro Alto, le Chiado représente l’élégance et la culture lisboètes. Ses rues piétonnes bordées de théâtres, de cafés littéraires et de boutiques chics invitent à la flânerie. C’est ici que les intellectuels portugais se donnaient rendez-vous au XIXe siècle, et cette atmosphère cultivée perdure.
J’ai passé un après-midi au café A Brasileira, temple des artistes et écrivains, où une statue de bronze du poète Fernando Pessoa occupe éternellement une table en terrasse. J’ai feuilleté des livres anciens chez Livraria Bertrand (la plus vieille librairie du monde), j’ai admiré les façades Art nouveau. Le Chiado est un musée à ciel ouvert — mais un musée vivant, où l’on vit autant qu’on admire.
À voir :
- Le café A Brasileira et sa statue de Pessoa
- La Livraria Bertrand (depuis 1732)
- L’ascenseur de Santa Justa pour une vue panoramique
Le mythique tram 28
Impossible de parler de Lisbonne sans évoquer le tram 28, ce tramway jaune grinçant qui serpente à travers les quartiers historiques. De Martim Moniz à Campo Ourique, il traverse Graça, Alfama, la Baixa, le Chiado et Estrela — une heure de voyage dans le temps et l’espace.
J’ai tenté l’expérience un mardi matin à 8h30, au terminus de Martim moniz. Le tram était à moitié vide, j’ai pu m’asseoir côté fenêtre et profiter du spectacle : les façades défilent à quelques centimètres, les virages se négocient en crissant, les pentes semblent impossibles à gravir. Le conducteur klaxonne à chaque tournant, les piétons se rangent en souriant, et les touristes photographient frénétiquement.
La vérité sur le tram 28 : Entre 10h et 16h, c’est une boîte de sardines roulante. Impossible de réserver. Vous attendrez 30-45 minutes et monterez compressé contre vingt autres personnes. Solutions :
- Montez au terminus (Martim Moniz ou Campo Ourique) avant 9h
- Faites le trajet en sens inverse (moins de monde)
- Ou oubliez le tram 28 et prenez le 12E vers le château — même charme, zéro touriste
Tarif : 3€ le trajet ou 6,80€ pour un pass 24h transport (métro + bus + tram).
Excursions autour de Lisbonne
Sintra : les palais de conte de fées
À 40 minutes de train depuis Lisbonne, Sintra déploie ses palais romantiques dans une forêt de pins et de fougères. Cette ancienne villégiature royale, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, semble tout droit sortie d’un conte de fées.
Le Palais de Pena (Palácio da Pena) est le clou du spectacle : un château multicolore perché sur un piton rocheux, mélange délirant de styles manuélin, mauresque, gothique et Renaissance. J’y suis monté par un matin brumeux — le palais surgissait des nuages comme un mirage, ses tours jaunes et rouges tranchant avec le vert profond de la forêt.
À voir absolument à Sintra :
- Le Palais de Pena et ses jardins exotiques
- La Quinta da Regaleira et ses puits initiatiques
- Le Palais national de Sintra et ses cheminées jumelles
- Le château des Maures en ruines
Conseil crucial : Réservez TOUS vos billets en ligne plusieurs jours à l’avance, avec créneau horaire. Les palais limitent les entrées et affichent complet dès 11h. Les bus 434/435 sont saturés — prévoyez 1h d’attente ou prenez un taxi/Uber entre les sites.
Accès : Train depuis la gare de Rossio (40 min, départ toutes les 20 min). Comptez une journée complète pour Sintra.
Cascais : la Riviera portugaise
À 30 minutes de train vers l’ouest, Cascais est l’ancienne station balnéaire de l’aristocratie portugaise. Ses plages de sable fin, ses villas Belle Époque et son front de mer piéton en font une excursion rafraîchissante.
J’ai fait l’aller-retour un après-midi de canicule. Le train longe le Tage puis l’Atlantique — un trajet magnifique. À Cascais, j’ai marché jusqu’à la Boca do Inferno (la « Bouche de l’Enfer »), une grotte marine où les vagues explosent dans un rugissement d’écume. Puis j’ai déjeuné de poisson grillé face à l’océan, avant de rentrer par le dernier train, au coucher du soleil.
À faire : Plage, promenade sur le front de mer, Boca do Inferno, déjeuner de fruits de mer.
Budget pour 3 jours à Lisbonne
Voici un budget détaillé pour un séjour de 3 jours à Lisbonne, en mode routard confortable (ni backpacker ni palace) :
Hébergement (par nuit) : 60-90€
- Auberge de jeunesse privée : 30-50€
- Hôtel 3* correct : 70-100€
- Airbnb quartier central : 60-80€
Repas (par jour) : 35-50€
- Petit-déjeuner (café + pastel de nata) : 4-6€
- Déjeuner (prato do dia dans une tasca) : 12-15€
- Dîner (restaurant moyen) : 20-25€
- En-cas et boissons : 5-8€
Transports (3 jours) : 15-20€
- Pass 72h Carris/Metro : 15€
- Ou tickets unitaires : 3€/trajet
- Train Sintra A/R : 4,50€
Activités et visites : 60-80€
- Monastère + Tour de Belém (combo) : 18€
- Château Saint-Georges : 10€
- Palais de Pena (Sintra) : 14€
- Spectacle de fado : 25-35€
- Musées divers : 15-20€
Total 3 jours (par personne) : 450-600€
Astuce économie : La Lisboa Card (21€ pour 24h, 35€ pour 48h, 44€ pour 72h) inclut transports illimités + entrées gratuites dans 39 monuments et musées. Rentable si vous visitez Belém + 2-3 musées + utilisez les transports. Plus d’informations sur les chose à faire à Lisbonne en allant sur Geo-Fct !
Astuces transport à Lisbonne
Le système Viva Viagem
Tous les transports publics lisboètes (métro, bus, tram, funiculaires) utilisent la carte Viva Viagem. Cette carte rechargeable coûte 0,50€ à l’achat et peut être chargée de plusieurs façons :
- Ticket simple (Zapping) : 1,50€ pour métro/bus, 3€ pour tram/funiculaire
- Pass 24h : 6,80€ (illimité tous transports)
- Pass 72h : 15€
Mon conseil : Achetez la carte Viva Viagem dès votre arrivée à l’aéroport et chargez-la avec un pass 24h ou 72h. Vous économiserez temps et argent.
Le tram 28 : mode d’emploi
Comme évoqué plus haut, le tram 28 est victime de son succès. Pour en profiter :
- Plan A : Montez au terminus de Martim Moniz avant 9h (ou après 18h)
- Plan B : Prenez-le en sens inverse depuis Campo Ourique
- Plan C : Oubliez-le et montez dans le tram 12E ou 28E (itinéraires similaires, moins bondés)
Depuis l’aéroport
L’aéroport de Lisbonne (Portela) est à 7 km du centre :
- Métro ligne rouge jusqu’à Alameda (15 min), puis correspondance. Tarif : 1,50€ + 0,50€ pour la carte Viva
- Bus Aerobus direct vers le centre (30-40 min). Tarif : 4€
- Taxi/Uber : 10-15€ selon le quartier, 20 min
- Train : Pas de connexion directe
Astuce : Le métro est le plus économique. Évitez les heures de pointe (8h-9h30 et 17h30-19h).
Se déplacer entre quartiers
Lisbonne se visite principalement à pied — mais attention aux montées ! Les sept collines portent bien leur nom. Pour économiser vos jambes :
- Utilisez les trois funiculaires (Glória, Bica, Lavra) : 3,80€ l’aller ou inclus dans le pass 24h
- Prenez l’ascenseur de Santa Justa pour monter au Chiado depuis la Baixa (5,30€ ou inclus)
- Louez un vélo électrique GIRA pour les trajets plats le long du Tage (2€/jour)
Questions fréquentes sur Lisbonne
Combien de jours faut-il pour visiter Lisbonne ?
Trois à quatre jours permettent de découvrir l’essentiel : les monuments de Belém, les quartiers historiques, une excursion à Sintra et du temps pour flâner. Si vous voulez explorer Cascais, Óbidos ou la région viticole du Douro, prévoyez une semaine.
Lisbonne est-elle une ville sûre ?
Globalement oui, mais attention aux pickpockets dans les zones touristiques : tram 28, métro ligne verte, Belém, Alfama. Gardez vos objets de valeur sous surveillance, surtout dans les transports bondés.
Peut-on se baigner à Lisbonne ?
Lisbonne borde le Tage, pas l’océan. Pour se baigner, direction Cascais (30 min de train) ou Costa da Caparica (20 min en bus/ferry). Les plages sont belles, l’eau fraîche (16-20°C en été).
Les Lisboètes parlent-ils anglais ?
Oui, surtout les jeunes et dans les zones touristiques. Les plus âgés parlent souvent français (héritage des liens historiques). Un simple « Obrigado » (merci) ou « Por favor » (s’il vous plaît) fait toute la différence.
Où manger des pastéis de nata authentiques ?
Les Pastéis de Belém (depuis 1837) sont les plus célèbres et les meilleurs — mais la queue est infernale. Alternative excellente : Manteigaria dans le Chiado, même qualité, sans attente. Évitez les pastéis vendus dans les supermarchés ou les stands de rue : ils sont fades.
Faut-il louer une voiture à Lisbonne ?
Non. Lisbonne est congestionnée, le stationnement cauchemardesque, et les transports publics très efficaces. Louez une voiture uniquement si vous partez plusieurs jours explorer l’Alentejo ou l’Algarve.
Lisbonne vous attend
Lisbonne n’est pas une ville qui s’offre au premier regard. Il faut grimper ses collines en sueur, se perdre dans ses ruelles, s’asseoir sur un muret face au Tage pour comprendre. C’est là, dans cette lumière dorée de fin d’après-midi, qu’on saisit la saudade — ce manque heureux, cette nostalgie d’un moment qu’on est encore en train de vivre.
J’ai quitté Lisbonne un matin d’octobre, mon sac chargé de conserves de sardines et de disques de fado. Le tram 28 grinçait dans la montée, une fadista chantait quelque part dans Alfama, et le Tage scintillait sous le soleil. Je reviendrai. Pas pour cocher une liste d’incontournables, mais pour retrouver cette ville qui refuse de courir, où l’on prend encore le temps de regarder passer les bateaux.
Vous aussi, vous reviendrez.
Je suis Jérémy, fondateur et rédacteur en chef de ce blog. Entre deux voyages, j’écris des récits et capture des instants avec mon appareil photo. Bienvenue dans mon univers voyageur !